SIMPLICITE

«Que l'on témoigne aussi de l'humilité dans son corps même»

( Règle de saint Benoît Chapitre 7)

L'homme portant son corps porte déjà la mort. Et le corps portant l'homme porte aussi la vie.

Mort et vie sont signifiées par notre corps. Et, plus que leur signe, notre corps est l'une et l'autre en acte, le champ du processus naturel de notre vie mourante, de notre mort instante au coeur même de notre vie.

L'humilité assume ce corps voué à mourir, accepte sa caducité, sa pauvreté. Le corps alors n'est ni méprisé ni exalté, mais il peut jouer à plein son beau service de la vie, dans la simplicité.

Le corps, même avant la mort, fait problème à l'homme. Il engendre fierté ou dépit, contentement ou amertume. Santé, beauté sont des valeurs qui comptent dans le bonheur soit d'un chacun soit de ses proches. Et, à l'inverse, leur privation.

Le corps est une question, il provoque l'homme à l'attention, il l'interroge, il est en dialogue avec lui. Satisfaisant ou non, le corps toujours exige une réponse. Au message particulier qu'il émet vers sa personne, celle-ci répond par une impression elle-même particulière.

Cette impression de l'homme face à son corps peut être inconsciente, elle n'en retentit que davantage en lui. Le corps est source de complexes soit qu'on ne l'aime pas au point d'en avoir honte ou haine soit qu'on se plaise en lui au point de s'y complaire ou s'y pervertir. Gêneur indésirable ou insatiable tyran, le corps dans les deux cas tient trop de place. Dans ces deux cas, la vie se déséquilibre, se déshumanise : elle perd sa liberté, son aisance, sa simplicité.

La simplicité accorde au corps sa juste place. Elle évite autant le mépris du corps que son idolâtrie. Elle se tient éloignée de toute tendance extrême tant étouffante ou rigoriste qu'obsédante ou amoraliste.

L'homme simple reconnaît son corps, dans ses exigences et dans ses bienfaits, et aussi dans ses tentations. Il accueille la lutte comme normale au lieu de se rêver ange, voire ange insensible, anesthésié, dégagé de la nature ! Il habite son corps sans répulsion, le gouverne sans irritation. Il confesse sans fard ses faiblesses, comme sans dépit.

En habitant son corps, l'homme dans la foi rejoint Dieu qui aussi l'habite. Il laisse Dieu le purifier sans cesse, l'investir en tout son être jusqu'à l'accompagner dans la mort même.

La simplicité se sait prise en charge, à la mesure de son indigence. Elle sait son corps porté par Dieu plus que nous-mêmes le portons.

Elle sait ce corps éternisé déjà par le Souffle de Dieu pour la résurrection finale (Col 2, 12 et 3, 1). Elle respire de ce souffle dès maintenant, dans la nouveauté du Royaume infiltré au milieu de nous.

La simplicité est le comportement confiant de l'homme uni à Dieu, assuré que le Christ en lui assume toute sa pauvreté. Elle est l'harmonie du corps avec l'âme dans la joie du Magnificat.

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