COMMUNAUTE

« Que tout soit commun à tous »

(Règle de saint Benoît Chapitre 33)

Dieu est communauté.

Dieu níest vivant que par líéchange trinitaire. Il níest lui-même, cíest-à-dire amour, que par le don mutuel des trois personnes faisant un.

A líimage de Dieu, líhomme níest lui-même que par líéchange, par le don réciproque entre Dieu, lui et son prochain.

La vie commune n'est pas un état de vie fortuit, un conditionnement recommandable, un aménagement favorable parmi d'autres de la vie humane. Elle est une condition nécessaire de la vie, pour autant que celle-ci se veuille vraiment humaine.

Mais cette vie « humaine » n'est pas si naturelle à l'homme ! Naturellement donataire, bénéficiaire par nécessité vitale de l'apport des autres, l'homme peut refuser d'être donateur. Il est en mesure, et cela trop naturellement, de limiter au moins son propre apport, d'amenuiser son don aux dépens de ses proches même.

Saint Benoît offre une vie vraiment humaine. Il invite à la fraternité qui ne se paie pas de mots. . Il entend organiser un échange et un partage de vie où chacun se réalise non seulement en bénéficiant incessamment de ses frères, mais en se lisant cordialement lui-même dans le service conjoint et indivisible de Dieu et des hommes.

Mais la communauté, tout ordonnée qu'elle est au désintéressement personnel, n'est pas sans présenter ses propres risques de déviation. Dans la poursuite de l'intérêt commun, la vie commune peut insensiblement tourner à l'intéressement collectif et tout organiser prioritairement en fonction de celui-ci.

Chacun connaît alors la tentation d'un attachement retrouvé aux biens : le rendement, le gain lui deviennent préoccupants au point de compromettre l'esprit de détachement. La communauté ne refuse pas de se questionner. Pour légitimes qu'ils soient, la production, le commerce, le pèlerinage ne menacent-ils l'accueil de se muer en entreprise de rapport ?... Pour aussi exigeante qu'elle soit, l'affluence des hôtes n'emporte-t-elle cette tentation d'intéressement ?...

L'intérêt, même spirituel, des visiteurs de cloître n'entraîne pas nécessairement le désintéressement des cloîtrés. Plus au contraire grandit le premier, plus le second risque de diminuer. Saint Benoît néanmoins n'envisage jamais de fermer les portes, mais seulement de les mieux ouvrir à l'exemple de Dieu même.

La Trinité n'est elle-même qu'en s'ouvrant aussi à l'homme. Dieu ne se replie pas sur sa communauté. L'amour n'est lui-même que par l'accueil des pauvres et des petits.

A la mesure de ses possibilités, la communauté évangélique s'intéresse aux autres autant et plus qu'à elle-même. Elle n'est pas une académie de justes, un cénacle de spirituels, mais la maison des frères, disponible aux demandes proches et sensible aux appels lointains.

La vie commune tend à faire de l'homme un frère universel, par l'apprentissage concret et quotidien de l'oubli de soi - personnel et communautaire - au profit de tous, rencontrés dans le coeur de Dieu, dans sa communauté.

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