LA BEAUTE

« Tenons-nous à la psalmodie en accordant notre âme à notre voix »

(Règle de saint Benoît Chapitre 19)

La vie est belle au contemplatif. Elle est pour lui tout un poème que Dieu écrit de sa main chaque jour. Elle est toute une symphonie, harmonisée dans le Christ par l'Esprit. Elle est tout entière comme une liturgie, une célébration. L'âme contemplative aime chanter la vie, car la beauté appelle le chant. La liturgie de la vie appelle nos liturgies et la beauté de ces liturgies.

Une « belle liturgie » n'est pas le déroulement impeccable et grandiose du rite. Elle est plutôt comme un enroulement, sur Dieu, de l'âme collective des participants, à la faveur de tous les signes unifiants qui se succèdent et se combinent dans ce but intérieur et invisible unique

Local et ornements, musique et mouvements, tous les signes peuvent être beaux, ils ne sont jamais que moyens. Leur fin n'est pas d'impressionner les sens, mais de toucher bien au-delà de l'oeil et de l'oreille les sens intérieurs qui actuent la foi, l'espérance et l'amour.

Les signes sont comme les fusées qui ont pour but de placer l'âme sur orbite. Leur puissance d'expression, c'est-à-dire leur beauté sensible, est ordonnée à une autre beauté, tout intérieure, la soudure des coeurs dans l'union à Dieu par le Christ.

Comme l'oeuvre d'art, la liturgie en appelle aux sens pour mouvoir et même émouvoir en l'homme les facultés profondes d'une authentique participation. Comme l'art, la liturgie parle à l'homme sensiblement pour le saisir intérieurement.

Mais entre le participant à la liturgie et le participant à la beauté de l'art, il y a toute la différence de l'acteur et du spectateur, de l'artiste et de l'admirateur. On ne va pas au rite comme au récital ou à l'exposition et l'église n'est ni musée ni salle de spectacle.

Toute l'église est le lieu de l'action et non pas seulement le sanctuaire. Si l'autel est le centre de l'action, celle-ci ne s'y circonscrit pas. Ne sont pas seuls acteurs ceux qui touchent l'autel, se tiennent devant lui pour la parole et pour l'action. L'action finale est le repas où tous sont invités également, chacun à sa place propre, sans que soit réservée à quiconque une meilleure part qu'aux autres. Le but de la liturgie - et toute sa beauté - est que le Christ soit reçu de chacun pour pénétrer et se trouver réellement présent là où il veut aller et demeurer, l'âme de tous en lui ne devant faire qu'un.

Nos liturgies n'ont qu'un acteur, le Christ. Mais son action est aussi la nôtre. Le Christ veut avoir besoin de nous pour accomplir son oeuvre. Notre action propre est de lui permettre d'agir par nous et en nous.

L'action du Christ est son Eglise à édifier dont il est lui-même ciment, architecte, ouvrier et l'édifice même avec nous tous en son Esprit. Chaque liturgie relance cette édification et toute notre vie est pour la réaliser.

La beauté de la vie est cette construction. C'est elle que nous chantons, elle que nous contemplons, elle la beauté que le roi désire (Ps 44, 12) et que la reine tient de lui, « le plus beau des enfants des hommes » (Ps 44, 3). La vie est belle dans l'Eglise, contemplée comme corps du Christ.

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